Les 6 critères clés pour bien évaluer le bien être d’un cheval

évaluer le bien-être du cheval

Comment vérifier si votre cheval est heureux ? La question est d’autant plus importante qu’en pratique, le cheval aura du mal à vous le dire lui-même. Blague à part, ce problème de communication n’est pas neutre. Il a tendance à augmenter les risques d’anthropomorphisme, autrement dit : votre tendance naturelle à prêter à votre cheval des sentiments humains, ce qui est, paradoxalement, la pire des méthodes pour évaluer son bien-être.

Plutôt que de le mettre à votre place, mieux vaut rechercher des indices objectifs et réels sur son état d’esprit et ses conditions de vie. C’est cela, la véritable prise en compte du bien-être du cheval (au travail et en dehors du travail). Vous en tirerez des conclusions bien plus utiles que si vous vous demandez s’il préfère les bonbons ou les caresses.

La première chose à faire est de se demander quel est son état de santé. C’est évident, mais c’est au fond, la meilleure des premières questions à se poser. Si votre cheval est malade, vous le savez en général assez vite. Les discussions sur le sujet sont permanentes dans les centres équestres. Demandez l’avis d’un moniteur, puis, si besoin, d’un vétérinaire à la moindre alerte.

C’est article a cependant moins objet l’état de santé que, répétons-le … le bien-être en général de votre équidé. Et là, c’est plus complexe.

Pour évaluer ceci, il faut être attentif aux gestes et aux attitudes de votre cheval.

Les principaux facteurs de bien être du cheval

Pour le moment, il n’existe aucune méthode reconnue d’évaluation de cet état bien-être chez le cheval en France, mais en s’inspirant de la grille réalisée pour le cheval par l’université de Wageningen, on peut évaluer l’état pratique chez lui des cinq “libertés” suivantes :

Absence de faim, de soif: absence de faim prolongée absence de soif prolongée

Présence d’abris appropriés et maintien du confort: confort du couchage confort thermique; possibilité de mouvement

Absence de maladies et de blessures: absence de blessures; absence de maladies; absence de douleurs induites par les pratiques

Possibilité d’exprimer les comportements normaux de son espèce; expression du comportement social; expression des autres comportements; bonne relation Homme-animal;

Absence de peur et d’anxiété : état émotionnel positif;

1. Absence de faim :

On sait que le rapport du cheval à son alimentation est assez complexe. Le cheval dans la nature mange peu mais tout le temps. Le cheval domestiqué se voit apporter, au contraire, des rations importantes mais pas souvent. Cette façon de “forcer” sa nature a forcément des conséquences négatives sur son bien-être.

Que peut vouloir dire revenir dans la bonne direction et lui garantir le bien-être côté alimentation ?

Diverses recherches menées en éthologie et sciences du sport ont montré que la mesure du bien-être chez le cheval pour ce qui concerne l’alimentation dépend en pratique de cinq facteurs :

– La consistance : les besoins naturels du cheval ont tendance à être satisfaits quand les repas sont répartis, consistants et de qualité.

– Le temps : la durée d’attente du cheval entre les repas est liée à la longueur de la période de jeûne et à la quantité de nourriture consommée.

– La variété : le cheval doit pouvoir choisir ses repas entre plusieurs offres.

– L’espace : le cheval a besoin de beaucoup d’espace pour manger.

Les aliments peuvent en effet être classifiés selon leur durée de digestion : les aliments dits lents sont des céréales entières et le foin, les aliments moyens sont les céréales broyées et les aliments rapides sont les légumes verts et la paille. Les aliments rapides sont ceux utilisés comme complément lorsqu’il manque quelque chose dans les rations, ils ne doivent pas être la base de l’alimentation. Ce sont par exemple été comme hiver les légumes verts.

La durée de digestion dépend beaucoup du cheval : le cheval de sport sera différent du cheval de travail et le cheval de compétition encore différent du reste. La vitesse de digestion est plus importante que la durée. Le cheval est un herbivore, c’est à dire qu’il vit en partie de plantes. Les plantes contiennent des nutriments comme le carbone, l’hydrogène, le phosphore, le potassium, l’azote et l’oxygène. Les nutriments ne sont pas tous présents dans les plantes au même moment : c’est pour cette raison que le cheval est un animal polyphage (il mange tout le temps). Les chevaux peuvent aussi manger d’autres animaux (c’est une omnivore, il mange tout). Le cheval a besoin de vitamines pour bien fonctionner. Les vitamines sont des molécules organiques (même s’il y a aussi des vitamines inorganiques, comme la vitamine D). Les vitamines sont nécessaires à toutes les fonctions du corps.

Il y a plusieurs vitamines : par exemple la vitamine A (pour la vue), la vitamine B (pour la croissance), la vitamine C (pour l’immunité) et la vitamine D (pour la santé des os). Le cheval est un animal très sensible aux substances présentes dans son environnement. Il faut donc recréer au maximum dans sa façon de l’alimenter cet environnement naturel en tenant compte de la saison et de ses besoins spécifiques (liés à son travail).

2. Absence de soif:

La soif chez le cheval est une question intéressante. 

Lorsqu’il a soif, le cheval boit, c’est normal, mais si on lui donne de l’eau à volonté, il boit moins.

Autrement dit, le problème est que le cheval ne boit pas toujours parce qu’il manque d’eau. Il y a des cas où il boit trop alors qu’il n’a pas de problème de soif : il boit par précaution. Or un cheval qui boit par précaution est un cheval qui a peur de mourir de soif.

Cet état n’est pas normal chez le cheval. Le cheval sauvage ne boit pas par précaution, répétons-le. Il boit quand il a soif.

Observer la façon dont le cheval se désaltère est donc un signe intéressant. Il indique en fait si le cheval a peur ou stresse.

Cette question du stress mise à part, il va de soi que garantir l’accès à l’eau de son cheval signifie lui apporter de l’eau … propre !

3. Présence d’abris et confort thermique pour le cheval

La présence d’abris et le confort thermique du cheval ne signifie pas forcément box chauffé et vie à l’intérieur. La façon dont le cheval assure sa régulation thermique est tout à fait compatible avec la stabulation libre.

Cependant, une structure adaptée à l’hiver peut être nécessaire pour permettre au cheval de s’abriter du froid et de la pluie.

La mise en place de mangeoires dangereuses ou de poteaux électriques est aussi à proscrire car ils représentent des dangers pour le cheval.

La stabulation libre est un moyen d’assurer le confort de la chaleur du cheval. Elle le maintient au soleil tout en ayant la possibilité de s’abriter de la pluie (en pratique, il doit y avoir des abris). Les chevaux peuvent aussi se protéger du froid en se blottissant les uns contre les autres, c’est un comportement naturel chez les chevaux. La plupart du temps, cependant, ils utilisent surtout les abris l’été, quand il fait très chaud : ils recherchent alors la fraîcheur et à fuir les insectes.

Les conditions de vie dans une écurie active sont de ce point de vue idéales : tout a été prévu pour sa sécurité et ce confort thermique.

4. Absence de maladies et de blessures

On ne parle pas ici des blessures qu’un homme commettrait à l’encontre d’un animal. On serait là dans le cas de maltraitance réprimée par la loi (voir plus bas : ce que dit la loi). Il va de soi que le base du bien-être du cheval commence par le respect de cette loi.

Les maladies et les blessures dont il est question ici sont celles qui peuvent résulter des bagarres des chevaux entre eux ou de l’effet de mauvaises pratiques dans le travail du cavalier ou du propriétaire vis-à-vis de son animal. Ceci en croyant bien faire, le plus souvent.

Les blessures qui résultent des mauvaises pratiques du travail d’équitation ou du propriétaire sont souvent béantes et visibles à l’oeil nu. Elles sont, pour la plupart, causées par le nombre excessif de cavaliers qui se partagent le même cheval. Le cavalier, par manque de compétence ou imprudence lors du travail, peut blesser son cheval ou lui causer d’autres souffrances physiques.

Les blessures qui résultent des bagarres, elles, sont innombrables et ne sont pas toutes visibles à l’oeil nu. Elles ne sont souvent pas toujours prises en compte par le vétérinaire qui peut ne pas avoir été informé qu’il y a eu bagarre. Les membres, les crins, les lèvres, les organes génitaux peuvent être touchés.

En cas de bagarre entre chevaux, il faut s’adresser à un vétérinaire aguerri à cette question. La plupart du temps, une prise en charge est nécessaire. Ce ne sont pas seulement les traitements qui sont coûteux, c’est également la pension pour l’animal pendant toute la durée du traitement.

Il faut noter, et c’est tout le paradoxe, que les bagarres sont d’autant plus fréquentes et importantes entre chevaux, que ceux-ci … ne vivent pas assez souvent ensemble ! Plus ils sont séparés, plus ils vivent en boxes, moins ils se fréquentent, plus ils se bagarrent dès qu’ils se retrouvent.

L’urgence est en effet alors pour eux alors d’installer les rapports dominants-dominés, naturels dans un troupeau. Ils le feront avec d’autant plus de véhémence et de risques de blessures qu’ils n’auront pas eu les moyens de le faire dans les conditions de liberté naturelles lors de la constitution d’un troupeau.

5. Possibilité d’exprimer les comportements normaux de son espèce

Ceci est la suite logique du point précédent. Les comportements normaux en matière équine sont ceux de la vie en troupeau.

Les relations entre le mâle dominant et les autres membres du troupeau sont parfois un peu brutales.

Ceux-ci ont des modes de communications différents de ceux des humains. Il faut savoir que le langage utilisé est très simple. Mais il est surtout très clair. Les actes font foi de communication.

Il est intéressant de voir les relations qui s’établissent entre les chevaux dans une écurie active. Ainsi que les relations qu’ils établissent avec les humains qui viennent s’occuper d’eux pour les soigner ou travailler. Elles sont plus calmes. Les chevaux sont déstressés. Une fois les hiérarchies entre eux établies, les choses sont claires, les bagarres plus rares, ils semblent se livrer à leur préoccupation naturelle : la curiosité.

6. Absence de peur et d’anxiété

C’est en effet là le dernier point-clé en matière de bien-être du cheval : l’absence de stress et d’anxiété au quotidien. D’où viennent généralement la peur ou l’anxiété du cheval ? Que disent les études et recherches au sujet de l’origine de la peur et du stress chez le cheval ?

Eh bien, en premier lieu, elles viennent de vous. Oui, elles sont d’origine humaine.

Les études ont montré que les chevaux sont très sensibles aux émotions humaines. Par exemple, lorsque vous êtes dans un état anxieux ou stressé, votre cheval va le ressentir. Pourquoi ? Parce que votre comportement va changer. Vous allez adopter une attitude et des postures différentes, votre respiration va s’accélérer, vous allez avoir plus de mal à rester calme, vous serez irritable…

Pour les chercheurs, la raison principale de cette sensibilité du cheval au stress humain réside dans le fait que les chevaux ont un très bon système de communication non-verbale.

Les chevaux sont des animaux extrêmement sociables, et ils ont besoin de communiquer avec des êtres vivants. C’est pour cette raison qu’ils ont développé un sens très développé de la communication non-verbale.

Quant à l’anxiété que les chevaux se communiquent entre eux, elle est bien souvent liée aux barrières qui existent précisément … entre eux ! Toute l’histoire de la domestication du cheval est marquée par la séparation du cheval avec ses congénères sauvages.

Est-ce une bonne idée ?

Pas forcément. Nombreuses sont les pratiques actuelles visant à revenir sur cette histoire, à vouloir en finir avec cette séparation des chevaux entre eux. Laissons les troupeaux se reconstituer. Evitons simplement que les méfaits du troupeau sur les individus les plus faibles se perpétuent et créent des dommages, notamment quand les dominants s’accaparent toute la nourriture.

Les systèmes automatisés de distribution de la ration évitent ce problème.

Comment calculer le bien être du cheval

Au final, après s’être assuré des points ci-dessus, peut-on objectiver un peu plus, voire calculer le bien-être d’un cheval ?

Les recherches sur le sujet ont-elles été jusque-là ? Au siècle dernier, le Dr. Temple Grandin, de l’Université de Californie à Davis, a proposé un premier modèle d’objectivation du bien-être équin. Il est apparu depuis que ce modèle souffre de nombreuses faiblesses et que sa mise en pratique a été très contestée.

Les recherches sur le sujet se poursuivent.

Dans ce travail de l’IFCE, le vétérinaire Christine Briant et l’ingénieure agronome Nelly Genoux, font le point de tous les indicateurs techniques qui peuvent permettre d’objectiver au maximum ce bien-être. Ils reprennent et précisent les critères de l’Université de Wageningen.

On retiendra :

  • l’alimentation est mesurée en fonction de l’état corporel, du poids et de la quantité journalière de fourrages distribuée (le fourrage doit être le constituant principal de la ration).
  • le cheval doit avoir accès à une eau propre en permanence.
  • le cheval doit être en mesure de se déplacer, se coucher, se rouler sans risquer de se blesser. Cela a des conséquences sur les dimensions des boxes.
  • l’espace de couchage, au sec et en sécurité pour les chevaux en groupe.
  • la quantité et la propreté de la litière.
  • un hébergement adapté en fonction de la température ambiante (fourniture de couverture en cas de stress thermique)
  • autres conditions d’ambiance : éclairage suffisant, ventilation adaptée (pas de poussières en suspension dans l’air), taux d’humidité raisonnable, pas d’odeur d’ammoniaque
  • facilité de mouvement
  • absence de blessures (lésions de la peau, articulations gonflées, boiteries, prolapsus)
  • absence de maladies
  • absence de douleur (signes indicateurs de douleurs : agressivité soudaine envers l’homme, boiteries, le cheval se roule, se gratte, il adopte de nouvelles postures, les oreilles en arrière, etc.)
  • la possibilité d’exprimer les comportements normaux de son espèce
  • une bonne relation homme/animal

Ce que dit la loi

Tous les animaux d’élevage sont protégés par la directive européenne 98/58/CE relative à la protection des animaux dans les élevages, transposée en droit français par l’arrêté ministériel du 25 octobre 1982 modifié.

À la différence d’autres espèces animales, il n’existe pas de réglementation proposant des critères spécifiques de bien-être pour l’élevage et la détention des équidés. Le bien-être des équidés doit être respecté aussi bien au repos qu’au travail. Le transport d’équidés est également soumis au règlement (CE) n°1/2005 du Conseil du 22 décembre 2004, relatif à la protection des animaux pendant le transport et les opérations annexes.

Qu’il s’agisse des normes de bien-être ou du transport, les équidés doivent être traités de façon à ce que leurs besoins physiologiques fondamentaux soient satisfaits. Les exigences de bien-être et de transport peuvent être différentes selon l’espèce animale et la nature de l’activité.

La directive 98/58/CE pose le principe d’un bien-être optimal, en limitant les niveaux de stress physiologique et comportemental auxquels un animal peut être soumis. Elle précise les conditions dans lesquelles un animal peut être soumis à un stress anormal, et définit la notion d’exploitation « compatible avec le bien-être ».

L’arrêté du 25 octobre 1982 modifié est plus spécifique quant à l’élevage des équidés.

Elle fait état des principes de base suivants :

– l’alimentation et l’abreuvement doivent permettre aux animaux de satisfaire leurs besoins nutritionnels et d’assurer leur bonne santé ;

– les animaux doivent être élevés dans des conditions qui assurent leur confort et leur bien-être, notamment au niveau de la stabulation et de l’espace de vie ;

– les animaux doivent recevoir les soins vétérinaires nécessaires ;

– les animaux doivent accéder à l’eau potable à volonté ;

– l’eau doit être propre et ne pas comporter de substances nocives pour l’animal.

L’impact de la stabulation sur le bien-être du cheval

La stabulation et la façon dont le cheval se déplace ont également un effet important sur son bien-être. Âgé de 3 mois, le poulain vit en liberté avec ses parents et des frères et sœurs, à travers la prairie. Cette période de sa vie est très importante pour le développement de son système nerveux. Si une fois sevrés, les poulains ne sont pas immédiatement remis en liberté, ils doivent être mis en lisière.

Le cheval doit donc vivre en liberté durant au moins trois mois à partir de la naissance. Cette vie en liberté est importante dans son développement. La vie au box, pour lui, n’est pas naturelle.

La stabulation du cheval doit être réalisée de façon à ce qu’il puisse habituer sa vue à l’environnement extérieur. Un box doit être équipé d’une porte vitrée pour permettre au cheval de voir à l’extérieur. Le box doit être assez grand, afin que le cheval puisse bouger en toute liberté. En effet, il faut qu’il puisse se déplacer de manière naturelle, ayant le droit de courir et faire des bonds. La stabulation doit alterner les périodes passées dans le box et celles passées à l’extérieur. Ces dernières sont très importantes car elles permettent au cheval de se dépenser, de se développer et d’être en bonne santé. Une stabulation pratique le laisse pouvoir choisir lui-même la période qu’il veut passer à l’extérieur, et inversement.

La stabulation en box est très importante, car elle permet au cheval de bénéficier d’un confort nécessaire à sa bonne santé. Il est donc important que sa stabulation soit adaptée à son âge, et à ses besoins spécifiques. Mais l’idéal, répétons-le, est pour le cheval de vivre en liberté et en groupe, en permanence (hors travail, bien sûr). C’est tout le concept de l’écurie active.