REPLAY : l’écurie active, un mode d’hébergement innovant

Vous n’avez pas pu assistez à l’émission de la semaine digitale du cheval sur le thème “écurie active : mode d’hébergement innovant” ? Retrouvez-la en replay ici :

https://www.sdcheval.fr/programme/replay-les-ecuries-actives-mode-dhebergement-innovant

RETRANSCRIPTION – ECURIE ACTIVE : MODE D’HEBERGEMENT INNOVANT

Participantes

  • Anne-Laure Veysset : Conseillère élevage à la Chambre d’agriculture de la Charente et chargée du suivi de fermes de référence du Réseau Equin en Nouvelle-Acquitaine.

  • Fanny Pierard : Responsable du pôle hippique de la société ECOVEGETAL.

  • Juliette : Enseignante et comportementaliste équin.

Quel est le concept d’une écurie active et que doit-on y trouver ?

L’écurie active répond aux fondamentaux des besoins du cheval à savoir une vie sociale, être en contact avec ses congénères, s’alimenter tout au long de la journée puisque on sait que le cheval a besoin de s’alimenter pendant 16h par jour minimum et répondre aussi aux besoins de déplacements du cheval. Cela consiste en une surface stabilisée où les chevaux vont pouvoir se déplacer selon les différents points d’intérêt. L’objectif est aussi de pouvoir individualiser l’alimentation, de trier aussi les chevaux d’un endroit à l’autre, pouvoir ouvrir ou non sur des pâtures par l’automatisation avec des robots d’alimentation ou des portes de tri sélectif.

Quelle est la différence entre une écurie active et un paddock paradise ?

Le paddock paradise répond aux mêmes besoins fondamentaux que l’écurie active par rapport aux besoins du cheval. La différence c’est que pour le paddock paradise, on va avoir des couloirs plus longs sur des plus grandes surfaces qui vont permettre au cheval de se déplacer entre les différents points d’intérêt. On peut également ouvrir le paddock paradise sur des prairies au moment de la pousse de l’herbe, pour pouvoir avoir un pâturage tournant dynamique. La différence, c’est également par rapport à l’automatisation. En paddock paradise, on n’automatise pas et on n’individualise pas facilement l’alimentation. Cependant, on peut toujours mixer les deux selon les besoins.

Quelles alternatives proches d’une écurie active mais avec individualisation de l’espace ?

Il y a plein de possibilités d’agencement en fonction de ce qu’on recherche, du type de troupeaux, de son budget. Les automates, c’est un investissement. On va tenir compte de ce dont a besoin le porteur de projet et les chevaux. Il existe des petites alternatives si on ne veut pas travailler forcément avec les bracelets ou les colis avec de la reconnaissance, on a ce qu’on appelle les cornadis à glissière.

Pour une écurie active, est-ce qu’il y’a que des aliments en rations et du fourrage ou est-ce qu’on peut aussi avoir des accès à l’herbe ?

On peut aussi avoir des pâturages en période de pousse de l’herbe, pour l’écurie active, cela va être la partie stabilisée des surfaces avec des zones sablées et des zones en dalles caoutchouc, plutôt autour des râteliers d’alimentation mais il y a tout à fait la possibilité d’ouvrir ensuite sur des pâturages avec ou non des portes de tri sélectif.

Est-ce que des chevaux en groupe dans des grands paddock avec des abris naturels ou artificiels et du foin à volonté ne sont pas aussi bien que dans une écurie active ? Là on parle des groupes en paddock paradise.

Il n’y a aucun souci en termes de bien-être, le cheval va retrouver son aisance d’être en contact avec ses congénères, de pouvoir se déplacer, d’être dehors, d’avoir l’aliment à volonté. La différence au niveau de l’écurie active, c’est l’individualisation des besoins. Vous n’allez pas pouvoir contrôler la quantité journalière. L’écurie active est pensée à la fois pour le bien-être du cheval mais aussi le bien-être de l’utilisateur.

Est-ce que les portes automatiques, c’est le même type dans que dans les élevages bovins ?

Alors cela s’inspire des automates de distribution, ce qu’on appelle les bacs de distribution de concentré. Cela s’inspire de ce qui existe déjà dans le bovin. C’est adapté pour les chevaux. Dire que c’est la même chose non, mais c’est sûr que c’est le même principe en plus poussé, bien plus évolué avec une sélection qui est directement intégrée à l’automate pour faire un tri directement en sortie de l’automate.

Quelle est la surface minimum requise pour créer une écurie active ?

L’écurie active permet de répondre à la problématique de la surface avec des aires privilégiées et des chevaux propres toute l’année. La surface minimum conseillée pour une écurie active est de minimum 100 m² par cheval, pour que la vie en troupeau puisse s’établir de façon correcte. Cela n’incluse pas les surfaces dédiées à l’automate, les aménagements paysagers et les bâtiments.

L’écurie active est-elle compatible avec un pâturage tournant dynamique ?

Au contraire, plus on va être autonome au niveau du fourrage et de l’herbe plus, cela va être un point positif sur l’écurie active. Cela va dépendre de l’accès à des surfaces ou pas à proximité directe de l’écurie active.

Comment savoir si l’écurie active et adapté à mon activité équestre ?

Il n’y a pas de contre-indication à l’écurie active, en fonction de chaque typologie de troupeau i.e. le cheptel va être constitué de quels types de chevaux. On a fait pour des centres équestres où on a réussi à créer des zones de récupération pour les poneys qui devaient être monté mercredi et le samedi, grâce aux portes de sélection. La seule contre-indication, c’est tout ce qui est chevaux de commerce, parce que les chevaux ne restent pas assez longtemps pour que la hiérarchie dans le troupeau soit stable.

Economiquement, est-ce que c’est un modèle rentable, par exemple pour des pensions, on peut mettre une cavalerie de club ?

Le Réseau Equin suit deux écuries en activité pour voir comment leur activité évolue au cours des prochaines années mais c’est assez peu pour avoir du recul. En tout cas, ce que nous disent les exploitants, c’est que pour eux cela va être vite rentabilisé. Alors ils y voient aussi un intérêt d’un point de vue travail avec une diminution conséquente de la charge de travail, et par conséquent une économie qui en découle.

Faut-il obligatoirement mettre des distributeurs de foin, ce n’est pas mieux de laisser le foin à volonté en envisageant qu’un cheval mange presque 16 heures par jour ?

Le distributeur de foin permet de contrôler la quantité journalière et la réguler. Il ne faut pas se dire que le cheval va rester de façon individuelle une heure. Le but c’est de pouvoir les trier dans des zones selon les besoins et les affinités. Ce n’est pas parce que vous avez des portes de sélection et des automates que des chevaux où ils vont y avoir accès qu’une heure. C’est pour les faire circuler et pour pouvoir bien répartir le troupeau.

Comment les automates différencient les chevaux, les vaches ont des colliers, est-ce que les chevaux aussi ?

Avec les antennes latérales, il y a un apprentissage du cheval de devoir baisser la tête pour l’identifier parce que dans l’automate, les antennes latérales sont sur la partie basse. Ce que l’on propose chez ECOVEGETAL, c’est un bracelet placé juste au-dessus du boulet. L’avantage c’est que l’antenne de détection est directement prise dans le béton d’automates donc quand le cheval rentre et s’avance, il est tout de suite identifié. Vous savez ainsi quel aliment il a le droit, quelle quantité, combien de temps il a pour manger et dans quelle zone il va ressortir.

Pourquoi la stabilisation des zones de nourrissage est faite avec des dalles, à première vue cela a l’air plus cher alors qu’on pourrait mettre ou du remblai ou faire des zones bétonnées avec des stries pour plus d’adhérence ?

Le point important est la question de rentabilité. A l’achat, les dalles c’est un coût supérieur au stabilisé classique mais en termes de durabilité et de rentabilité, on est beaucoup plus serein. Le fait de travailler avec des dalles de stabilisation permet d’avoir un sol uniforme qui va se maintenir. Dans le temps, il ne bougera pas, il restera drainant. Quand il va pleuvoir, les eaux de pluie vont s’infiltrer il n’y aura jamais de boue et vous pourrez tout nettoyer mécaniquement.

 

C’est quoi les astuces de conception pour faciliter le nettoyage des écuries actives ?

Dans l’agencement, les astuces de conception c’est dans l’approvisionnement. Il faut réfléchir à comment je vais approvisionner mes râteliers. Dans les conceptions, on essaie de placer un maximum d’éléments le long de la clôture extérieure pour tout approvisionner directement depuis l’extérieur. Dans le nettoyage, avoir un bon sol, avoir une machine adaptée et même dans la conception ce n’est pas venir faire des angles aigus parce qu’on ne va pas pouvoir venir chercher avec la balayeuse.

Une identification par puce comme pour certaines gamelles pour chats et chiens sera-t-elle un jour envisageable pensant aux blessures possiblement engendrées par les colliers ou les bracelets ?

On a très peu de blessures avec les colliers les bracelets parce que c’est pensé pour le cheval, c’est élastique. Il y a potentiellement très peu de risques qu’ils se blessent. C’est en termes d’identification, ce n’est pas la même méthode d’identification que les puces qui sont insérés au niveau des chevaux.

Pour le nourrissage, est-ce que cela a forcément un intérêt en termes de gaspillage de rajouter un filet à foin ?

Ce n’est pas indispensable mais cela permet aux chevaux d’ingérer un peu plus lentement le fourrage lorsqu’on est sur des râteliers sans automate mais il y en a qui n’aime pas du tout utiliser les filets à foin donc c’est un peu comme le gérant le ressent.

Quels sont les travaux d’astreinte et quelle est la charge hebdomadaire sur une écurie active ?

La charge de travail d’astreinte journalière consiste à ramasser les crottins sur les chemins sablé et si on n’est pas sur une écurie active totalement dallée, il va falloir aussi nettoyer les dalles caoutchouc soit manuellement soit avec des balayeuses. Il va falloir aussi vérifier et observer ses chevaux. Dans l’écurie active, il y a toute une partie observation des chevaux qui est très importante, il faut être beaucoup à l’écoute des chevaux, il faut pouvoir s’adapter assez rapidement aussi. On est sur minimum 3h par jour.

 

Combien d’équidés peuvent être ensemble ?

C’est en fonction de votre terrain, de votre budget. On peut travailler en plusieurs groupes, on n’est pas obligé de faire un seul et même groupe. Jusqu’aux 40 chevaux en un seul troupeau, cela fonctionne très bien.

L’écurie active peut-elle accueillir des équidés de toutes tailles : poney, cheval de travail ensemble par exemple ?

S’il y a moins de 1m30 il faut adapter au niveau des barrières. On adapte des passages d’ordres tout cela pour que le poulain puisse suivre la mère partout par exemple.

Combien y a-t-il décuries actives en France, y en a-t-il dans le département de l’Eure ?

Il n’y a qu’une trentaine d’écuries actives aujourd’hui en France. Pour la partie ECOVEGETAL/SCHAUER, en comptabilisant celles qui sont construites et en cours de construction, on en est à 14 ou 16. Il y en a une qui sera terminée d’ici l’été, on a commencé la phase travaux dans l’Eure à Buret (27).

Est-ce que vous préconisez de faire des groupes par sexe ou pas ?

Plutôt pas. Il va y avoir un équilibre qui va inscrire entre les juments et les hongres. Ils ont besoin les uns des autres. Il est plutôt déconseillé de séparer les hongres des juments. Grâce aux portes de sélection intégré, vous allez pouvoir gérer ces affinités et non affinités.

 

Une étude récente de l’IFCE aurait révélé la possible apparition de stéréotypies à proximité des automates. Comment faire pour les éviter ?

Cette stéréotypie ne s’est pas développée en écurie active et l’étude a été un peu controversé, parce qu’elle utilisait des chevaux qui avaient déjà des stéréotypies.

Est-ce qu’une écurie active est plus rentable d’un point de vue financier qu’une écurie traditionnelle ?

On a peu de recul sur l’étude de l’économie et de la rentabilité des écuries actives. Dans la structure que j’ai étudiée l’an dernier par exemple, on est sur 50 chevaux pour une surface stabilisée de 5000 m² et on est sur un coût approximatif de 5000 euros la place de cheval. Les frais peuvent varier selon la modularité du concept etc.

Est-ce qu’on connaît le prix moyen demandé pour mettre son cheval en pension en écurie active ?

Cela dépend de la zone. Il faut se baser sur une écurie classique, sur votre écurie si vous avez par exemple une carrière et un manège vous regardez aux alentours une écurie classique avec carrière et manèges et vous prenez à peu près le prix d’une pension box paddock et souvent on est sensiblement sur le même prix. Il faut comparer en termes d’installation à ce qui se rapproche de ce que vous avez mais souvent c’est comparable à la pension box paddock.

Les chevaux sont-ils obligatoirement déferrés surtout à l’arrière ?

Les chevaux qu’on avait suivis étaient déféré au moins des postérieurs. Mais, ce n’est pas obligatoire et ce n’est pas forcément nécessaire à partir du moment où le troupeau est à l’équilibre.

 

Quelle méthode conseillez-vous pour l’introduction d’un nouvel arrivant dans un troupeau ?

L’utilisation ce qu’on appelle des box d’intégration, des box paddock. Soit, vous utilisez le dortoir en aménageant un petit box paddock démontable ou soit vous créez un abri avec un box paddock. Le but c’est de venir créer un premier contact avec ce troupeau en toute sécurité. Plus le troupeau est gros, plus il y a des potentiels places disponibles, plus vite sera l’intégration. Quand le troupeau se désintéresse du cheval qu’il est i.e que qu’ils viennent plus en contact, c’est qu’il a potentiellement trouver sa place. Cela va prendre 15 jours, 3 semaines.

 

Où est la place de la biosécurité dans une écurie active ?

C’est quasiment la même problématique que dans une écurie traditionnelle, on peut avoir les mêmes contacts entre les chevaux et où il faut s’assurer que les chevaux sont vaccinés, vermifugés régulièrement et qu’il n’y a pas de maladies contagieuses présentes sur les nouveaux chevaux. Il faut être vigilant là-dessus en écuries traditionnelles également.

Y a-t-il des chevaux qui ne sont pas faits pour l’écurie active ?

C’est rare. Quand je discute avec mon homologue en Allemagne le pourcentage est très faible mais il y a déjà eu des cas de chevaux qui sont nés dans un box et qui ont vécu 23 ans dans un box. Le passage en mode écurie active est compliquée voire impossible mais c’est rare. Il faut être assez patient.

Que faire lorsqu’un cheval est blessé et doit être soigné individuellement ?

Il y a deux possibilités, cela va dépendre de la pathologie. Soit on réutilise le box d’intégration si ce n’est pas contagieux, cela permet de réduire ses déplacements tout en gardant contact avec le troupeau. S’il y a besoin d’isolement parce que la pathologie est contagieuse, il faut toujours avoir quelques boxes différés du troupeau où là on amène des soins. Ce n’est pas parce que le cheval est absent quelques jours que cela va tout chambouler dans le quotidien de la hiérarchie. C’était à prévoir dans son projet.

Comment gérer les entrées et sorties de chevaux pour l’utilisation du centre équestre ?

Cela ne va pas poser de problèmes dans le troupeau et grâce aux portes de sélection intégré on peut créer des zones de récupération. Les gens s’imaginent toujours qu’une écurie active c’est comme si je devais aller chercher mon cheval au bout de mon près de 10hectares. 2000 m² c’est la taille d’une carrière, même s’il est à un autre bout de l’écurie active, ce n’est pas très loin, ce n’est pas très grave, cela va me prendre quatre minutes tout au plus et je vais peut-être que devoir ouvrir de barrières. On peut prévoir la sélection vers une zone de récupération accolée aux manèges, une fois qu’ils sont dans cette zone là ils ne peuvent que manuellement.

 

Combien coûte une écurie active, quel est le cout des entretiens des locaux et des automates ?

L’investissement c’est très aléatoire en fonction de ce que vous souhaitez faire et de quoi vous partez. Pour la partie par exemple automates, l’investissement va être entre 3000 et 4000 euros par cheval avec la mise en œuvre et le transport. A cela il faudra prévoir la partie terrassement, c’est pareil, est-ce que vous le faites en partie vous-même, est-ce que vous faites appel à une société extérieure. Si on part du principe que je fais tout par un terrassier extérieur, cela va varier en fonction de si vous utilisez des dalles ou pas, cela peut aller de 20 à 35 euros du m². Il est important de bien réfléchir son projet sur ces questions et pour cela vous avez des conseillers mais il y a aussi des conseillers du Réseau Equin par exemple qui peuvent vous accompagner dans ces calculs chez nous en parlerons pour y apporter

Est-ce qu’il existe des écuries actives chez des particuliers avec deux/trois chevaux ? Est-ce que cela a du sens ou les écuries actives sont faites pour un plus grand nombre ?

C’est possible mais en termes de rentabilité cela va être beaucoup plus compliqué. En suisse on voit des critiques parce que déjà il y a très peu de surface et il y a beaucoup de gens qui ont 6 ou 7 chevaux eux mais ont leur travail automatisé. Cela leur libère énormément de pénibilité et ils peuvent garder leur travail à la journée et il y a juste peut-être une demi-heure, une heure le soir où on va remettre un peu de grain. Cela permet de soulager, c’est un investissement mais c’est surtout sur le côté gain de temps et pénibilité où ils sont très gagnants.

Quels investissements à faire en priorité pour une écurie active ?

Les sols avant l’automate. Il vaut mieux faire un peu plus petit mais bien faire pour pouvoir s’agrandir rapidement que partir sur trop grand en faisant des économies de bouts de chandelles partout et finalement que ce soit un gouffre, que ce ne soit pas rentable parce qu’on est constamment en train d’investir dans la clôture qui a cassé, dans la stabilisation qui ne tient pas. Il ne faut pas craindre de phaser les projets.-