Colique et ulcère du cheval : si la solution était dans la mangeoire automatique ?

L’alimentation du cheval est un facteur déterminant de sa santé. Son système digestif fragile exige de notre part une attention quotidienne et une adaptation qui dépasse le système du « trois repas par jour ». 


Une alimentation mal adaptée accélère voire provoque directement des ulcères ou des coliques qui peuvent s’avérer mortelles pour le cheval.

Avant de vous résigner à investir dans des médicaments préventifs, sachez que la solution se trouve peut-être dans son bien-être alimentaire… Via une mangeoire automatisée !

Fanny Pierard Responsable Sols Equestres chez ECOVEGETAL nous explique. 

Symptômes

Comment reconnaître une colique du cheval ? Quels sont les symptômes ?

Plusieurs signes peuvent trahir une colique. Le premier signe qui doit vous alarmer, c’est un cheval qui ne mange pas. Ensuite, il peut tourner en rond, gratter le sol, se regarder le flanc car c’est là que ça le gêne, voire se coucher au sol pour se regarder les flancs. Il peut se coucher n’importe où, se relever et se coucher encore, présenter une transpiration liée à la douleur. Et enfin, vous ne trouvez plus de crottin frais.

S’il présente l’un de ces signes, il vaut mieux l’ausculter manuellement : le transit s’écoute facilement avec un stéthoscope, ou en collant directement l’oreille sur chacun des flancs du cheval. Son ventre résonne assez en temps normal pour qu’on s’inquiète de ne pas entendre de bruit. En l’auscultant, vous vérifiez donc qu’il n’a pas de bouchon (lié à la colique ou parfois à d’autres facteurs comme le stress ou une torsion de l’intestin due à un mauvais déplacement ou une torsion, par exemple).

Quand faut-il s’alarmer et que faire en cas de colique du cheval ?

Il faut toujours s’alarmer vite. La colique n’est jamais à prendre à la légère. Certaines méthodes peuvent aider à faire passer le bouchon, comme le faire marcher beaucoup ou parfois le promener dans le van : les vibrations de la route peuvent avoir un effet vibrant sur son système digestif. Nous avons déjà sauvé un cheval comme ça !

Le premier bon réflexe, c’est de supprimer les aliments, pour ne pas gonfler le bouchon, et éventuellement d’administrer des antidouleurs si vous êtes habilité à le faire.

Dans les cas plus graves, le vétérinaire pratique une intubation dans les naseaux, en envoyant une huile directement dans le système digestif pour le libérer. Mais, si la situation devient critique, il faut une opération clinique pour éviter la nécrose, l’occlusion intestinale qui provoquent encore beaucoup trop de morts par colique chez les chevaux.

Ulcère du cheval

Et quels sont les symptômes de l’ulcère du cheval ?

Dans le cas d’un ulcère, le cheval va être plus agressif et présenter des troubles de l’alimentation spécifiques. Par exemple, manger de la terre ou du crottin, comme pour se faire lui-même une sorte de pansement.

Qu’est-ce qui peut provoquer ces ulcères ? Et pour les coliques ?

Les ulcères sont très fréquents, mais ils sont moins flagrants, moins dangereux et passent parfois inaperçus. Eux sont liés à une grosse période de pause dans l’alimentation du cheval. Son estomac est fait pour manger presque en continu et il produit des sucs gastriques pour cela. S’il ne mange pas pendant plus de trois ou quatre heures d’affilées, il se crée alors des trous dans l’estomac. C’est d’ailleurs considéré comme de la maltraitance !

Quel est le rapport avec son alimentation ?

Dans les deux cas (colique et ulcère), l’alimentation est très facilement la cause. Un cheval qui a attendu sa ration pendant des heures a l’estomac vide. Et, pour peu que cela arrive le jour du renouvellement de la paille dans son box, il va se jeter dessus. Il va dévorer et se créer un bouchon intestinal. C’est un cas très fréquent.

Il faut aussi rappeler qu’un cheval mange, à l’état sauvage, 10 à 15 heures par jour, en petites quantité. En lui donnant une grosse quantité le matin, une grosse à midi et une grosse le soir, il assimile très mal ce qu’il mange et ça gène sa digestion, donc sa concentration, son travail et sa santé. L’idéal, s’il y a de grosses pauses entre ses repas, c’est de commencer par lui donner une petite ration d’affouragement avant de lui donner du concentré : il va devoir mastiquer, donc saliver et ainsi préparer sa digestion.

Ce que change une mangeoire automatique

Que change une mangeoire automatique à ces problèmes fréquents, voire chroniques ?

Avec une distribution automatique, il n’y a plus de matin, plus de soir. Le cheval mange quand sa nature le lui dicte. Et on peut rééquilibrer l’apport alimentaire pour protéger son estomac.

Avec un automate, le logiciel s’adapte au cheval. On peut par exemple calibrer le logiciel d’une mangeoire pour que l’automate distribue 6 à 7 rations par jour à un cheval donné, au départ. Ensuite, si le cheval se présente seulement 4 fois par jour, l’automate adaptera les rations pour qu’elles ne soient plus distribuées en 7 fois et se perdent donc, mais en 4 fois. Il recalculera de la même façon les rations si le cheval se présente plus fréquemment.

Comment faut-il calibrer l’alimentation d’un cheval pour l’automate ?

Le meilleur calibrage, c’est vous. En général, on connaît bien son cheptel, et on sait qu’on ne donne pas la même alimentation à un cheval de sport ou à une jument en gestation. Si un nouveau cheval entre en pension, son propriétaire le connaît assez bien pour indiquer ce qu’il mange. Ensuite, il suffit d’adapter petit à petit son alimentation.

On peut placer jusqu’à 6 réservoirs sur un seul automate, qui distribueront à chacun la ration qui a été réglée pour lui.


Voir la vidéo ici sur l’écurie active Schauer mettant en place ce dispositif :

Que peut-on mettre dans les mangeoires automatiques ?

Que peut-on mettre dans les mangeoires automatiques ?

De tout, comme ce qu’on distribuerait normalement dans la journée (à l’exception d’aliments mouillés ou huileux) En sachant que le mieux, pour un cheval, c’est la variété et l’alternance, comme il la trouve dans la nature, où il passe normalement ses journées à brouter en se déplaçant.

En granulés, on peut y mettre de la luzerne, du floconné, des mélanges complets pour chevaux de sport, des préparations modernes sans céréales… Et alterner avec des foins enrubannés ou pas selon que le cheval fait de l’allergie, en variant les foins selon la région.

Comment faire dans le cas d’une écurie déjà constituée, où il est difficile de créer un espace de déambulation pour l’alimentation libre comme en écurie active ? 

On peut tout-à-fait placer des mangeoires automatisées au niveau des boxes. Avec un système Combifeed, par exemple, de distributeurs individuels pour box ou paddock. On y place un râtelier de foin avec des horaires d’ouvertures et un distributeur de grain. Avec le logiciel, l’automate sait lequel il peut distribuer quand le cheval se présente, à toute heure de la journée ou de la nuit.

Un automate, c’est nécessairement moins de contact avec le cheval ?

Au contraire ! Certains insistent sur le fait que, lors de leur passage pour nourrir les chevaux, ils en profitent pour les observer. C’est souvent vrai du premier cheval, mais rapidement, les autres s’impatientent autour, gesticulent, et on accélère la cadence pour calmer le troupeau.

À l’inverse, l’automate vous libère du temps pour aller observer le cheval en toute tranquillité. C’est un gain de temps énorme sur la journée, et autant de possibilité en plus d’entretenir un contact privilégié avec l’animal.

La mangeoire automatique a un coût… Est-ce rentable ?

Un distributeur automatique a un coût, certes. On peut envisager en moyenne 1 700€ par box, et 10 à 12 000€ par cheval en écurie active (investissement complet : automate, stabilisation, dortoir, etc.). Mais l’avantage est immense. Vous diminuez de 70% les postes de main d’œuvre et vous économisez énormément de frais de vétérinaire. En améliorant considérablement la santé du cheval, vous repoussez les risques de coliques, d’ulcère, de stress, et vous améliorez sa concentration lors des séances de travail puisqu’il a de l’énergie en continu.