Cheval stressé : et s’il n’y avait pas que de la douleur ?

Votre cheval vous paraît stressé ?  Vous vous demandez d’où cela vient, s’il souffre de quelque chose de particulier. S’il a une douleur. Vous avez raison. C’est le bon réflexe à avoir. 
Mais il n’y a pas que cela. Et si son stress n’était pas lié à une douleur ni à une pathologie particulière.

Le stress : de quoi parle-t-on ?

Le stress est une réaction d’adaptation d’un organisme pour maintenir l’équilibre de l’état intérieur. Lorsque se produit un événement imprévu, non anticipé par l’organisme en question, ce syndrome d’adaptation permet à celui-ci de réagir pour “gérer l’imprévu”. Le stress est donc une réponse de cet organisme à toute sollicitation qui lui est faite : contrainte, perturbation mais aussi … douleur. Les scientifiques considèrent qu’il y a trois stades de stress chez le cheval :

– l’eustress : physiologique, sans conséquence délétère
– l’overstress : plus important, plus long, avec des risques de conséquences sur les processus biologiques
– le distress : pathologique, impliquant une souffrance.

Pourquoi le cheval est-il particulièrement sensible au stress

Par nature, le cheval est un animal inquiet et hyper-attentif. A l’état sauvage, c’est une proie. Il passe son temps à brouter, à l’intérieur d’un troupeau, mais dès que quelque chose d’anormal se produit, il est prêt à s’enfuir. La fuite est un élément-clé de son comportement naturel. 
La domestication par l’homme lui a donc apporté de la sécurité, mais a aussi perturbé ces conditions naturelles. Tout ce qui relève de cette domestication est donc en soi un facteur de stress potentiel: vie en box, le manque de contact avec les autres chevaux du “troupeau”, l’entraînement trop intensif, les transports, les compétitions, etc.

Ainsi, on voit apparaître chez les chevaux de loisir de nombreux comportements pathologiques liés au stress (voir cet article : 7 signes qui prouvent que votre cheval stresse) : tic à l’ours, tic à l’appui, troubles alimentaires, agressivité, irritabilité, coliques, etc.

Des études ont ainsi montré que 80% de ces chevaux de loisir sont ou ont été sujets à des ulcères gastro-intestinaux, une affection dont le stress a été reconnu comme un des déclencheurs majeurs.

Le stress peut être lié à la douleur

Difficile d’identifier une douleur chez son cheval. Les signes d’une douleur sont précisément ceux d’un comportement inhabituel. Souvent assez typique d’un stress. Agitation importante, nervosité, anxiété, agressivité ou au contraire posture trop calme, isolement, réticence à bouger, tête basse sans pour autant qu’il y a sommeil ou somnolence, regard fixe, mâchoires serrées.

Pour les douleurs au niveau des membres, les choses sont plus faciles à décoder : changements de posture, boiterie, réticence à se déplacer.

Certains comportements inhabituels sont  révélateurs de douleur au niveau de la bouche (mors qui appuie sur la langue ou le palais, matériels mal adaptée ou résultat de blessures):  le cheval  va alors essayer de se débarrasser de cette gêne et certains de ses comportements d’évitement peuvent être violents : appui sur le mors, ouverture de la bouche, passage de la langue par-dessus le mors,…

En outre, la notion de douleur est difficile. Les éthologues considèrent qu’au delà du mécanisme neurologique de “nociception”, à savoir la détection et le signalement au cortex d’événements nocifs par les nocicepteurs et les fibres conductrices qui est le mécanisme de base de transmission au cerveau d’un trouble physique important, les autres douleurs relèvent d’une expérience sensorielle et émotionnelle désagréable qui implique interprétation. Et de noter qu’il n’y a pas encore de consensus vétérinaire sur la douleur.

L’interprétation est autant celle de l’animal lui-même (qui peut amplifier la douleur par son stress et réciproquement) que celle du propriétaire du cheval qui va interpréter le comportement du cheval avec ses propres références et faire oeuvre d’anthropomorphisme : il va projeter ses propres sentiments sur son cheval.

Comment apprécier la douleur chez le cheval ?

Pour se faire une idée et savoir s’il faut sortir la trousse à médicaments ou se poser d’autres questions, il faut s’intéresser aux signes objectifs de la douleur, ceux évoqués ci-dessus, mais aussi aux conditions de vie qui peuvent en être à l’origine. Là se mêlent douleur et inconfort.

Ainsi, selon le site des haras-nationaux, “le cheval peut  présenter des signes d’inconfort ou de douleur, uniquement quand il est travaillé. La limite entre inconfort ou douleur n’est pas bien connue.

Si on ne les traite pas, ces effets conjugués (car ils sont toujours plus ou moins associés) du stress et de la douleur de façon prolongée peuvent avoir des conséquences dramatiques :

  • comportements d’automutilation, d’agression ;
  • dépression (perte d’appétit et d’activité) ;
  • baisse de l’immunité ;
  • état catabolique (dégradation moléculaire de l’organisme) conduisant à l’épuisement métabolique puis à la mort.

Cheval stressé : comment éviter cette émotion ?

On l’a vu, le stress est d’abord lié à un événement. Si le cheval le perçoit de façon négative, il sera générateur de stress. Le système fonctionne aussi à l’envers, si l’événement est positif et provoque du plaisir. Le mécanisme sera le même, mais les conséquences seront alors, positives.

Conséquences : on a tout intérêt à multiplier les événements que le cheval évaluera positivement. Mieux vaut ainsi :

  • éviter la soudaineté, dans les manipulations, les apparitions d’objets et de personnes, l’application des aides,… .Ne jamais oublier l’inquiétude fondamentale de l’animal.
  • favoriser la familiarité, et donc habituer peu à peu l’animal aux manipulations dont il fera l’objet ensuite;
  • rendre les événements prévisibles.  Par exemple, un bruit dans la cour qui annonce l’imminence du repas.
  • renforcer la possibilité de contrôler et de s’adapter à l’événement. Un événement est contrôlable si la probabilité de sa survenue dépend du comportement de l’animal. Ainsi lorsque l’animal peut aller se nourrir seul, comme dans le concept Ecurie active, il va générer lui-même ses propres événements positifs.

Autre exemple d’événement positif : emmener régulièrement son cheval au pré rejoindre son compagnon, après une séance de travail.

Ne pas demander trop au cheval pour éviter de le stresser

Dans cet article, cet excellent spécialiste des chevaux, insiste sur la notion d’équilibre pour éviter au cheval le stress et la douleur. Il explique que les chevaux qu’on lui amène sont souvent stressés du fait de la précipitation des cavaliers et des messages contradictoires et de la succession d’événements imprévisibles et vécus de façon négative par les chevaux, lors de l’entraînement. “Souvent j’entends parler de chevaux stressés, comme s’ils étaient comme ça depuis toujours et que l’ont ne pouvait rien y faire. Mon point de vue : le stress n’existe pas pour rien, il y a forcément une ou des raisons de s’être installé. De surcroît des lésions peuvent apparaître avec le temps et donc le cheval se retrouve coincé dans ses douleurs, c’est le cercle vicieux. “

Et d’ajouter : “un cheval non équilibré et dont la nature est sensible peut très rapidement verser dans un état de stress quasi-permanent le mettant en danger ainsi que son cavalier. Pourquoi ? Un cheval sensible, qui commence son métier de cheval de selle, va recevoir sur son dos son cavalier. Seulement imaginez, il veut bien faire mais sa conformation, son manque de force, ou n’importe quoi d’autre (même rien d’ailleurs, vu qu’un cheval n’est pas à la base fait pour porter un humain) plus un cavalier qui n’a pas toujours les bonnes connaissances, la bonne position, lui demandant de fonctionner, disons, de manière aléatoire. Le cheval ne sachant pas comment s’organiser dans son corps pour répondre au mieux aux demandes de son cavalier. Il va aller au plus simple et c’est la tout le problème, il fera forcément les mauvais choix, il va se jeter dans tous ses déséquilibres, son asymétrie l’enverra systématiquement dans les mêmes désordres.” 

On le comprend, les meilleures solutions pour éviter le stress consistent à prendre son temps pour l’apprivoiser pour le travail, mais aussi à lui éviter les successions d’événements qu’il interprétera de façon négative.

De ce point de vue, le faire vivre de la façon la plus naturelle, dans une écurie active par exemple, est de nature à lui éviter un grand nombre de ces événements désagréables provoqués par des contraintes (solitude du box, nourriture à heures fixes, etc.)